Témoignages de Réunionnais

Je suis Anielle HOARAU,   

 

J'étais petite pendant la période de l'assimilation et de la francisation, mes parents interdisaient à tout mon entourage de me parler en créole ! 

Puis je suis allée vivre à Marseille parce que la France représentait le prestige et l'eldorado et j'ai été alors coupée de mes racines. La Réunion ne me manquait pas parce que j'étais conditionnée, l'île représentait une régression sociale alors que la France était l'ascension sociale ...  

 

Puis j'ai commencé à me sentir déséquilibrée : quelque chose me manquait mais je ne savais pas exactement quoi ... Je suis revenue à la Réunion mais je ne me sentais plus chez moi et en revenant en France je n'étais pas mieux non plus. A la fin je n'étais bien ni sur mon île, ni loin d'elle !  

J'avais un mal de vivre ... Jusqu'au jour où j'ai entendu parler du Maloya mais dans mes souvenirs je ne me rappelais pas d'en avoir entendu jouer autour de moi. J'avais 16 ans et quand j'ai posé des questions à son sujet, j'ai appris qu'il était interdit, qu'il était tabou donc je n'avais aucune réponse à mes questions.  

 

Puis le Maloya a retrouvé, sous la période du Président Mitterrand, sa liberté d'expression.    

 

Naissance de la vidéo "Maloya" :  

 

C'est bien plus tard que je me suis rappelée de cette période où le Maloya représentait le mal.

 

J'ai eu alors l'idée d'écrire un roman mais j'avais dû mal à le faire et  j'ai trouvé plus facile d'écrire un scénario et pour ce scénario de Maloya j'ai eu l'aide à l'écriture de la Région Réunion. Puis j'ai écrit 2 autres scénarios pour la Réunion et j'ai fait une formation audiovisuelle de 2 ans. Et comme un film coûte cher, je me suis enfin lancée à écrire le roman de Maloya.  

 

J'ai mis 4 jours de préparation à chercher les vieilles voitures, la vieille maison, j'ai été à la police me faire prêter les képis, j'ai trouvé mes comédiens et sans argent nous avons tourné en 2 jours et demi ce court métrage.

Nous nous étions jamais rencontrés et nous avons tous travaillés avec notre cœur.

 

Voilà brièvement l'histoire de ce court métrage qui est un bout d'histoire de la Réunion et surtout un bout de l'histoire de France que beaucoup ignorent.  

 

 

Cordialement  

 

 

 

Anielle HOARAU  

 


 

Ivrin Pausé : souvenirs du facteur de Mafate

 

« J’ai été facteur de Mafate 40 ans, de 1951 à 1991. Le Mafate d’autrefois était beaucoup plus habité que celui d’aujourd’hui. Il y avait aussi moins d’argent, car les gens devaient travailler aux champs tous les jours pour nourrir leurs enfants le soir. Tous les lundis matin, je quittais Grand Place pour chercher le courrier à pied à la Possession. L’aller-retour me prenait une journée. Puis, je faisais ma tournée dans Mafate, chaque jour de la semaine, avec entre quinze et dix-huit kilos de courrier. J’ai parcouru à pied près de 251 520 kilomètres... »

Une interview du projet "Réunion qui es-tu ?".

 

 

JPEG - 63.3 ko
Ivrin Pausé facteur de Mafate

Ivrin PAUSÉ
_ Date et lieu de naissance : 2 janvier 1928 à Grand Place les Hauts
Domicile : Grand Place (Mafate)

 

 

 

Jennifer Vignaud :

Comment vous décririez-vous en quelques mots ?

J’ai un caractère doux, et je m’adapte facilement. Dans mon travail par exemple, j’ai toujours été accommodant avec les gens : quand ils me prenaient du bon côté, j’allais du bon côté aussi !

 

Quels sont vos passions et vos loisirs ?

Mon sport favori, c’était définitivement la marche. En tant que facteur, j’ai sillonné la montagne tous les jours, du lundi au samedi. Je n’ai pas eu le temps d’avoir d’autres passions. J’aime aussi beaucoup le commerce : j’ai ouvert ma propre boutique, alors que j’étais encore activité. Le métier de facteur ne me suffisait pas totalement, j’avais besoin d’être en action tout le temps. Je m’occupe encore de la boutique aujourd’hui, pour garder le moral et rester au contact des gens. J’ai décidé par ailleurs d’ouvrir un gîte. Je crois que ma passion, finalement, c’est le contact humain.

 

Quelles sont les choses que vous n’aimez pas ?

Je n’aime pas la haine, et les malentendus entre les gens.

 

Quelle est votre plus grande peur ?

Je n’ai peur de rien, à part peut-être des tremblements de terre.

 

Quel est votre plat préféré ?

Comme tous les Réunionnais, j’adore le carry poulet et le canard, en civet ou au poivre vert. Ce sont des plats que je préparais souvent pour ma famille, le dimanche. Le secret en cuisine, c’est que tout le monde peut apprendre. Il faut avoir de la patience pour y arriver ; mais comme je suis patient, j’arrive à tout !

 

Quel est votre livre préféré ?

Les livres qui m’ont marqué sont ceux qui parlent de la guerre. J’ai toujours été passionné par l’Histoire.

 

Quelle est votre musique préférée ?

J’aime un peu tous les genres musicaux. Quand j’étais jeune, j’ai commencé à jouer du banjo pour m’amuser, mais j’ai abandonné pour me consacrer à l’agriculture. Aujourd’hui, j’écoute de la musique à la télévision et à la radio. J’aime beaucoup l’accordéon et le violon.

 

Quelles sont vos origines ?

Mon père est né à Mare à Vieille Place à Salazie, avant de s’installer à Mafate. Il a été garde champêtre en 1901, et il était le seul à exercer ce métier ! Et comme il n’y avait pas de facteur à Mafate, il distribuait le courrier en tant que garde champêtre. Il a eu sept enfants d’un premier mariage, mais sa femme est décédée. Ma mère est née à Grand Îlet à Salazie, et a suivi son premier mari à Mafate. Elle a eu cinq enfants de cette union. Je crois que mes parents se sont rencontrés dans un bal. En ce temps-là, les familles aimaient se réunir pour danser ! Ils se sont mariés en 1926 et se sont installés à Grand Place, sur un terrain acquis par mon père, avec tous leurs enfants respectifs. Ils ont eu ensuite cinq enfants, dont je suis l’aîné. Nous étions dix-huit sous le même toit !

 

Quelle éducation avez-vous reçue ?

J’avais sept ans quand je suis entré à l’école. J’ai fait de mon mieux pour apprendre, mais avec les tâches domestiques quotidiennes, ce n’était pas facile de s’y consacrer. Je suis arrivé jusqu’en classe de CM2. Mais comme il n’y avait pas d’aides de l’État et que nous étions une famille nombreuse, mes parents ont préféré m’envoyer aux champs pour aider la famille.

 

Quels étaient vos rêves d’enfant ? Les avez-vous réalisés ?

Mon rêve était d’être facteur. laugh C’est un métier que j’aimais, car mon père avait été le premier facteur du cirque de Mafate. On peut dire que mon rêve a porté ses fruits !

 

Quel est votre meilleur souvenir ?

Le jour de mon mariage. C’était un évènement imprévu, qui s’est passé si vite ! J’étais heureux et fier d’avoir une femme à mes côtés, pour m’épauler et m’aider dans la vie. Pour se marier, il fallait écrire aux parents de la fille pour leur exprimer ses sentiments. On demandait ensuite la jeune fille en mariage et on attendait la réponse... qui était souvent positive. Vu l’éloignement et les distances à Mafate, je me suis marié en deux temps : une cérémonie le 4 août 1965 à la mairie de la Possession ; et la bénédiction de mon mariage par le curé de Guillaume Saint-Paul le 11 août à Grand Place.

 

Quel est votre pire souvenir ?

La mort de mon père, quand j’avais dix-neuf ans. Puis, celle de mon jeune frère, qui vivait sous le même toit que moi à Grande Place. Cela m’a vraiment marqué... Et le décès de ma mère, en 1967.

 

Quand avez-vous pleuré pour la dernière fois ?

À la mort de ma mère et de mon jeune frère.

 

Que changeriez-vous dans votre vie si vous pouviez remonter le temps ?

J’ai toujours été timide... J’aurais aimé changer ce trait de caractère, et me donner un peu plus d’audace pour parler aux gens sans hésitation.

 

Pouvez-vous me parler de votre métier ?

J’ai été le facteur de Mafate, de 1951 à 1991. Certains disent que ce métier était un « travail de chien », mais moi, je l’aimais à en mourir ! Ça me rappelait mon papa… Tous les lundis matin, je quittais Grand Place pour chercher le courrier à pied à la Possession. L’aller-retour me prenait une journée. Puis, je faisais ma tournée dans Mafate, chaque jour de la semaine. Au début de mon activité, je portais une simple sacoche en bandoulière. Mais la quantité de courrier a augmenté avec les mois, et la Poste m’a donné un sac à dos. Durant mes tournées, je marchais toujours, sans courir : j’essayais d’accélérer un peu sur du plat, mais je ne voulais pas courir, de peur de tomber dans le précipice, même avec mes chaussures de brousse antidérapantes. Je portais entre quinze et dix-huit kilos de courrier. Tout au long de ces quarante années comme facteur, j’ai parcouru à pied près de 251 520 kilomètres, soit plus de cinq fois le tour de la Terre ! J’ai eu l’honneur de recevoir la médaille du Mérite en 1993. J’ai également ouvert ma propre épicerie en 1960. Je tiens encore ce commerce aujourd’hui, mais c’est plus par distraction que par réelle nécessité : cela me permet de voir du monde. Enfin, j’ai ouvert un gîte en 1999, pour que les voyageurs aient un endroit où dormir. Je l’ai appelé « Le Bougainvillier ». En 2006, j’ai décidé d’embaucher quelqu’un pour s’occuper des repas et accueillir les marcheurs. J’aurais aimé que mes enfants viennent travailler à Mafate, s’occuper du gîte et de la boutique, mais ils ont tous leur travail aujourd’hui.

JPEG - 55.9 ko
Le gite d’Ivrin Pausé, Le Bougainvillier, au coeur de Mafate
 

Que pensez-vous du travail ?

Le travail aux champs était une obligation. J’aurais préféré continuer l’école, mais ils avaient besoin d’aide à la maison. Le travail de facteur a été à la fois un plaisir et une nécessité, car il fallait bien travailler pour vivre.

 

Que feriez-vous avec un million d’euros ?

Je partagerais cet argent avec mes enfants.

 

Quelle est votre définition de l’amour ?

Pour un couple, l’amour, c’est vivre en harmonie et s’aimer le plus possible durant toute sa vie. On s’unit pour la vie en se mariant, et on doit conserver ce lien comme un trésor. L’amour pour la famille, c’est aimer comme nos parents nous ont aimés. C’est grâce à leur amour qu’on a pu grandir vers le bien. À mon tour, j’ai donné à mes enfants le message laissé par mes parents.

 

Quel est votre plus beau souvenir d’amour ?

Mon meilleur instant d’amour est la première nuit passée avec ma femme. C’était tout à la fois un désir et un plaisir. C’était un moment magique ! wink

 

Quelle est votre définition du bonheur ?

Avoir suffisamment d’argent pour vivre. Aujourd’hui, je suis heureux d’être un père, un grand-père, et peut-être bientôt un arrière-grand-père.yes

 

Si c’était la fin du monde dans six mois, que feriez-vous ?

Je crois qu’il n’y aurait rien à faire. C’est Dieu qui décide.

 

Que pensez-vous qu’il y ait après la mort ?

D’après les livres chrétiens, on n’existe plus lorsqu’on est mort sur Terre. Mais on est vivant là-haut, au Ciel, assis à droite de Dieu.

 

Pratiquez-vous une religion ?

Je crois en Dieu. Je vais à l’église, à la messe, je fais mon devoir de Chrétien. Je vais me confesser dès que je le peux au prêtre qui passe au village. Je pratique la religion catholique, qui est celle que mon père et ma mère avaient suivie depuis leur enfance. Et c’est celle dans laquelle j’ai élevé mes enfants. J’aime l’idée du respect de l’autre : « Aimez-vous les uns les autres. » La religion catholique est celle qui était la plus pratiquée à Mafate. Mais depuis quelques années, beaucoup de villages croient au Salut et Guérison. Il s’agit du même Dieu que nous, mais tout se passe directement avec Lui : il n’y a pas de confession au prêtre. D’ailleurs, il n’y a pas de prêtre, mais un pasteur qui peut se marier, contrairement au prêtre catholique. Je pense que cela est une bonne chose... Le prêtre est un homme comme les autres.

 

Quel est le sens de la vie ?

Le sens de la vie est de peupler la Terre.

 

Si une fée apparaissait pour réaliser trois vœux, que lui demanderiez-vous ?

Comme je suis malade, je demanderais d’abord la santé, afin de retrouver le corps de mes vingt ans. wink Je serais un homme heureux ! En deuxième vœu, je demanderais la vie éternelle. Et en dernier, un pouvoir magique pour voir très loin.

 

Quel message voudriez-vous donner au monde ? Aux futures générations ?

Arrêtez définitivement la guerre ! Pour cela, les gens devraient avoir une entente un peu plus ferme, et ne pas raconter n’importe quoi aujourd’hui, pour dire demain que ce n’était pas vrai. Il faut avoir des paroles sûres, et surtout ne pas empiéter sur son prochain.

 

Pouvez-vous me décrire la Réunion de votre enfance ?

Le Mafate d’autrefois était beaucoup plus habité que celui d’aujourd’hui. Les sentiers étaient mieux entretenus. Il y avait beaucoup plus de forêts, avec des bois de couleurs. Mais on a construit des maisons, coupé des arbres, et arrêté de planter. On trouvait de nombreuses variétés de fruits : bibasses, pêches, prunes. On n’avait pas besoin d’utiliser de produits, on avait des fruits fermes. Maintenant, cela fait trente ans que les mouches piquent les fruits ; les plantations sont dévastées. Il y avait quelques variétés d’oiseaux sauvages : la tourterelle, le paille-en-queue, le fouquet noir et blanc, le moutardier, sans compter les petits oiseaux aux becs roses. Il y avait aussi moins d’argent, car les gens devaient travailler aux champs tous les jours pour nourrir leurs enfants le soir.

 

Comment souhaiteriez-vous voir évoluer la Réunion ?

Pour faire évoluer le cirque de Mafate, il faudrait une route, ce qui n’est pas évident. Nous, Mafatais, ne demandons pas plus que de pouvoir sortir plus aisément. Mais pour avoir une route, il faudrait que Mafate soit érigé en commune. Ce qui serait possible, puisque nous comptons sept cent cinquante habitants.

 

Quel est votre endroit préféré à la Réunion ?

J’aime Mafate, notamment le village de Grand Place, car j’y ai vu le jour.

 

Avez-vous un message pour les Réunionnais ?

Il faudrait avoir un peu plus d’amitié les uns envers les autres. Et aider son prochain dans la misère.

 


Sans argent, ni huîtres, ni langoustes… Nos merveilleux Noël d'autrefois

 

Des enfants devant une modeste case située à Basse Vallée à Saint-Philippe (C’était hier, D.Vaxelaire, édition Orphie)
Des enfants devant une modeste case située à Basse Vallée à Saint-Philippe (C’était hier, D.Vaxelaire, édition Orphie)
 
Le réveillon n’existait pas, sinon peut-être dans les familles aisées. Parce qu’on n’en avait simplement pas les moyens. La mort de " ti-Jules ", notre papa (j’avais 7 ans, Michel 6 et Alain 1 et demi), nous avait laissés sans un sou dans la grande maison familiale, qui faisait la différence avec nos copains des cases en paille. Ils venaient chez nous, nous allions chez eux…

Nous n’avons pourtant manqué ni d’amour ni de cadeaux, ces derniers n’ayant rien à voir avec les débauches de pognon d’aujourd’hui. Nous attendions donc la Nativité avec une impatience très peu chrétienne.

Le 24 décembre était un jour presque comme les autres, sauf qu’on dînait de bonne heure, histoire de dormir un peu avant la messe de minuit… qui commençait à 23 heures pour finir vraiment à minuit. On chaussait nos " souliers garonne " passés au blanc-de-casque le matin, on mettait des vêtements repassés de frais et en route, à travers la nuit noire les champ de cannes pour Notre-Dame-du-Rosaire.

L’église sentait bon l’encens et la cire fondue. Madame Manille tenait l’orgue dans son balcon interdit à tout autre qu’elle-même. Elle jouait fort bien et tout l’office résonnait de belles chansons, avec la voix de stentor-ténor de " monsieur Pierrot ", Pierrot Malet, notre instituteur. Son " Minuit chrétiens " reste le plus beau que j’aie jamais entendu.

Après la messe, le père Collette faisait distribuer de petits choux à la crème de chez " Chinois neuve " et là, Madame Manille, aussi fantaisiste que férue de classique, exécutait bellement quelques airs de Johann Strauss, " Danube bleu " en tête.

On rentrait à la case et on s’endormait après un coup d’œil au " cyprès de Nöel " dressé dans la pièce du téléphone, sur le devant. Mais ti papa Nouël té pocor arrivé. C’est le matin  qu’on découvrait les cadeaux que Justy, notre mère, s’était malgré tout évertuée à nous offrir. Ils venaient des rares magasins du Sud proposant quelques merveilles comme une panoplie de cow-boy, de chef Indien, d’agent de police... Et, toujours, les derniers arrivages de chez Ah-Ton, nos BD favorites : Buck John, Kit Carson, Tex Tone, Oliver, Akim, Bob Tempest, Red Canyon, Kiwi, Jimmy Ouragan…

Dans la capeline de nénène Jeanne, pendue au cyprès, il y avait toujours une petite fiole de " l’essence Pompéia ", " Héliotrope blanc ", sinonsa " Eau-de-Cologne Bourgeois ", avec les deux perroquets s’embrassant sur l’étiquette.

Le repas de Noël, c’était le 25 à midi. C’était la fête… sauf pour les deux volailles de notre basse-cour. Période de fauche oblige, la viande était ordinairement plutôt clairsemée sur la table. Je me souviens des soirs où nous nous répartissions une boîte de sardines à quatre, car il y avait encore 4 sardines dans de la vraie huile d’olive alors. Les malheureuses volailles du 25 étaient donc honorées comme il convient.

Au dessert, un gâteau concocté par Léone et Rosanne. Et letchis à profusion. C’étaient des Noël modestes mais nous avions les yeux émerveillés devant tant de munificence. L’après-midi, les copains accouraient pour découvrir nos cow-boys de BD.

Le lendemain, très tôt, nous partions à Sant-Joseph, chez Pépé et Mémé. Nos bons vieux savaient ce que nous aimions et, dès notre arrivée dans les Bas-de-Jean-Petit, nous sautions avec empressement, avec gourmandise, allais-je dire, sur les paquets de Bibliothèque Verte, 10 pour chacun, Michel et moi, tandis qu’Alain faisait vrombir ses petites autos, les Miniatures-Norev ou Dinky-Toys. On honorait aussi comme de juste les grosses gobes caramel marron de madame Ah-Tioune, tout près.

Encore une journée, nous nous retrouvions en route pour Cilaos où nous attendait mamie Francia chez qui nous passions les mois de janvier-février. Grand-Mère " Mère Fine " tenait au chaud ses pâtés créoles, les vrais, avec de la viande, pas ces affreux ersatz de maintenant qui n’en ont que le nom. Tite-Mère nous offrait les plus belles grappes de muscat de la treille devant sa chambre. Ida avait préparé ses plaquettes de pâte de coing et ses bassines de confitures de goyave et de zévis.

Les pétards ? Quelques-uns, oui, qu’on allumait en grappe, d’un seul coup, le pied. Et les ballons-sifflette, et les joyeuses parties de " la guerre ", harnachés de nos panoplies toutes neuves qui ne le restaient pas longtemps.

C’était ça, nos Noël d’antan, sans flonflons ni ostentation. Sans argent mais avec du cœur, de la gaîté, les yeux pleins de pastilles de couleurs devant les efforts que faisaient nos proches pour nous rendre heureux malgré tout.

Alors oui, il y eut une période de notre existence où Michel, Alain et moi avons connu le dénuement, comme nos petits copains d’école. Mais avons-nous seulement été malheureux ? Pas une seconde !

Parce que l’amour n’a jamais manqué. Ni envers nous, ni entre nous.

Joyeux Noël et Bonne Année à tous ; je vous aime.

Affectueusement vôtre,
 
Vendredi 23 Décembre 2016 - 09:20
Jules Bénard


Réagir


CAPTCHA