Le dossier de la migration forcée des enfants réunionnais

Creuse : le dossier de la migration forcée des enfants réunionnais confié à une commission d'enquête

 

La ministre des Outre-mer, Georges Pau-Langevin,  a installé une commission sur la migration forcée des enfants réunionnais. C'est  un nouvel espoir de reconnaissance pour les  déracinés que sont ceux qu'on appelle les "Enfants de la Creuse".


«La ministre a tenu parole. Elle avait annoncé qu’elle créerait cette commission il y a tout juste 1 an, lors d’un hommage à l’historien réunionnais Sudel Fuma. C’est une très grande émotion pour nous », confie Simon Apoi, président de l’Association des Réunionnais de la Creuse, encore tout chamboulé.
Il était au ministère des Outre-mer à Paris, avec 5 Creuso-Réunionnais pour assister à l’installation de la commission d’information et de recherche sur les « Enfants de la Creuse ».
C’est ainsi que l’on désigne communément les pupilles réunionnais expédiés en Métropole entre 1963 et 1981. Cet exil a provoqué des traumatismes. Il y a eu des cas de la maltraitance, du racisme.
Au début des années 2000, des « Enfants de la Creuse » devenus adultes ont attaqué l’État Français : des centaines d’articles et reportages, des autobiographies, des films de fiction ou documentaires ont révélé au grand public cette histoire collective. Les demandes de dédommagement ont jusqu’ici échoué. Avec cette commission d’information, la ministre George Pau-Langevin fait faire une grande avancée à la reconnaissance officielle de cette « migration forcée ».
Aux côtés de George Pau-Langevin se tenait aussi la nouvelle secrétaire d’État aux égalités réelles Éricka Bareigts : en février 2014, cette députée PS de la Réunion a fait voter à l’Assemblée nationale une résolution mémorielle sur les enfants de la Creuse.
En 2 ans, la voie vers la reconnaissance s’est considérablement élargie. Avant l’initiative d’Éricka Bareigts, le principal document officiel de référence sur les Enfants de la Creuse était le rapport commandé en 2002 par la ministre Élisabeth Guigou, à l’Igass (Inspection générale des affaires sanitaires et sociales).

Un 1er rapport officiel en 2002
Ce rapport avait beaucoup « contextualisé » et, globalement, n’avait pas pointé de scandale ou de réels dysfonctionnements au sein des services qui ont organisé le « déplacement ».
« La commission d’information va venir en Creuse et aura accès aux 215 dossiers d’enfants Réunionnais conservés à la direction départementale de la cohésion sociale », assure Simon Apoi. Le président des Réunionnais de la Creuse n’a en tout cas pas oublié l’une des préconisations des inspecteurs de l’Igass : « Offrir un voyage à la Réunion aux anciens pupilles. » Dans les années 1960, les assistantes sociales promettaient à leurs parents qu’ils « reviendraient pour les vacances ». Ils ne sont jamais revenus.

Des  promesses  d'"avenir meilleur"
Entre 1963 et 1981, 1.615 mineurs (bébés, enfants ou adolescents) Réunionnais ont été répartis dans 65 départements métropolitains, notamment ceux touchés par l’exode rural. Ils doivent cette initiative à Michel Debré, ancien Premier ministre, fraîchement élu député de la Réunion.
Le plus fort contingent  est passé par le foyer de l’enfance de Guéret, avant d’être confiés à des agriculteurs ou placés en apprentissage. Tous n’étaient pas orphelins : à leurs familles, des promesses d’« avenir meilleur » en Métropole ont été faites par les « recruteurs » de la DDASS.
« Nous avons rencontré plusieurs dizaines d’anciens pupilles. Aucun n’est arrivé à un métier fantastique. Certains sont devenus ouvriers, d’autres touches le RSA, d’autres encore sont allés en institution psychiatrique », explique le sociologue Philippe Vitale, dans un entretien accordé au Point  en 2014. Philippe Vitale, qui enseigne à l’Université d’Aix-Marseille, est l’un des coauteurs d’une enquête indépendante, publiée sous le titre Tristes tropiques de la Creuse. C’est lui qu’a choisi la ministre pour présider la commission d’information et de recherche historique sur la migration des enfants de la Creuse. Avec 3 autres chercheurs et un inspecteur de l’Igass retraité, Philippe Vitale a 2 ans pour remettre son rapport.

 

En parallèle, les 2 principales associations représentatives des exilés (Rasinn anler et Génération brisée) se sont fédérées avec… une association martiniquaise.

Les enfants Antillais ont connu aussi des migrations forcées. Et c’est encore plus méconnu.



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